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by Nicolas Veron
Mon Oct 6th, 2008 at 11:07:43 AM EST
Ed: Posted on behalf of Nicolas Véron by Jérôme
All Together Now Wall Street Journal , 3 October 2008The mighty storm from America, channeled by the high degree of financial interdependence between the two sides of the Atlantic, has started to wreck Europe's banks. As they react, Europe's leaders should reflect on recent lessons from the U.S.
Dramatic policy U-turns, such as when Lehman is left to fail on Monday and AIG is rescued on Tuesday, have devastating effects on market confidence. So has conspicuous policy paralysis of the kind that has so far blocked the adoption of the Paulson plan. Just like banks, policy makers do not benefit from unlimited credibility and must get their priorities right. The bar of their ambitions has to be raised high enough to prevent a financial meltdown, but not higher than is politically feasible under the European Union's current institutions and circumstances.
| | L'Europe bancaire à l'heure des choix La Tribune, 6 octobre 2008
Ce qui devait arriver est arrivé : l'interdépendance entre les deux rives de l'Atlantique est telle que la tempête a fini par atteindre nos rivages. Les responsables publics européens ont pu observer que le marché réagit mal à des changements brutaux de doctrine, comme lorsque le gouvernement américain a laissé Lehman faire faillite puis a volé au secours d'AIG le lendemain, et à la paralysie de la décision publique, comme lors des déboires à répétition du plan Paulson. Ils savent que leur crédibilité n'est pas illimitée, et que leurs choix de priorités seront cruciaux. Ils doivent placer leur ambition à un niveau assez élevé pour protéger l'essentiel, mais assez bas aussi pour être réalisable.
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| The handling of banking crises by public authorities requires two essential elements: relevant information and, in more severe crises, public money. The EU, though, is a hybrid that stands midway between federal state and intergovernmental arrangement. It has a common, enforceable legal framework but no supranational fiscal autonomy. Under these conditions, information might be collected and handled at EU level, but public money cannot. True, if the crisis reaches a level of severity way beyond what is currently foreseeable, then Europe's nations may need new institutional arrangements to pool budgetary resources and avert disaster. But for all the current turmoil, we are still far from that point.
The absence of a European taxpayer means that public money to inject new capital or provide guarantees to failing banks cannot realistically be federalized, and efforts to create a Paulson-like EU-wide instrument are likely to fail. Nation-states, acting separately or, as in the recent cases of Fortis and Dexia, jointly, will still have to close the deals. Hopefully, their financial engineering will be adequately tailored for the diverse situations at hand. Perhaps they can learn from recent U.S. practice -- say, the Wachovia rescue, or Warren Buffett's masterful investment in Goldman Sachs.
| | Deux éléments sont indispensables à la gestion publique des crises bancaires : une bonne information, et le cas échéant, des fonds publics. Dans l'hybride de fédéralisme et d'intergouvernementalisme qu'est l'Union européenne, avec un cadre juridique et des institutions communes mais pas de capacité budgétaire supranationale, il est possible de collecter et d'utiliser au niveau européen l'information, mais pas l'argent.
Malgré la violence de la crise, nous sommes encore loin du point hypothétique où elle ne laisserait pas d'autre choix aux Etats que de créer des outils budgétaires partagés. Sans contribuable supranational, un plan européen d'intervention financière à la Paulson n'a guère de chances de voir le jour. Seuls les Etats peuvent apporter de l'argent frais, séparément ou de manière coordonnée comme la semaine dernière pour Fortis et Dexia. Ils doivent ajuster finement leurs choix d'ingénierie financière dans l'intérêt des contribuables, en s'inspirant éventuellement de la palette de solutions expérimentées récemment aux Etats-Unis, comme pour le rachat de Wachovia par Citi ou l'investissement magistral de Warren Buffett dans Goldman Sachs.
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| Relevant information, by contrast, can and must be more centralized. The fragmentation of supervisory intelligence among national regulators of pan-European financial groups is a recipe for dysfunction. The current loose coordination within the Committee of European Banking Supervisors, or compromises made to preserve the autonomous prerogatives of venerable national bodies, all share the same weakness. Committee-based supervision lacks authority vis-à-vis financiers who are experts at playing countries against each other and arbitraging regulatory diversity. National agencies have powerful incentives not to cooperate, for the simple reason that they are ultimately accountable only to national constituencies. A s the current situation demonstrates, we need one public agency with a comprehensive understanding of the financial exposures and risks of a complex financial group. Such an agency is indispensable if we are to effectively prevent crises or, if a crisis erupts and public money must be spent, to enable a resolution that minimizes the cost to taxpayers from all EU countries involved.
Cross-border banking integration has increased dramatically. Of the EU's 15 largest banks (by market capitalization as of June 30), eight derived most of their 2007 revenues from outside their respective home countries -- double the tally from 10 years ago. They have expanded chiefly within the EU. Add the current credit turmoil, and the possibility of a large cross-border failure has moved from far-fetched to palpable. The need for an EU-level financial supervisor has become evident. Otherwise, the risk is no less than a reversal of cross-border financial integration, with disastrous effects for European households' and companies' access to capital.
Even countries that have long resisted such an EU watchdog now have powerful reasons to back such a reform. The U.K., for example, feared such a regulator could undermine London's position as the hub of European finance. But now it seems that without an EU supervisor, the continuation of Europe's financial integration may no longer be feasible, which would not be in London's interest either. German's self-centered financial system has grown increasingly dysfunctional (think of bailed-out firms IKB, WestLB, Hypo Real Estate) and now has much to gain from openness to outside players. France and Italy have used national supervision as a tool to protect and consolidate domestic banking champions, but this approach sits increasingly uneasily with their main banking groups' international expansion. Central and Eastern European countries have the most to lose from a potential reversal of the integration trend. They would have at least some say in an EU-level supervisor, whereas today they are excluded from the home supervisors of the West European financial groups that currently own most of their domestic banks.
| | En revanche, l'information sur les groupes financiers paneuropéens peut et doit être centralisée. Sa fragmentation entre différentes autorités nationales ne permet pas un contrôle efficace. La coordination dans le cadre du « processus Lamfalussy » ou l'idée de « collèges » plus ou moins soumis à un lead supervisor sont des compromis laborieux pour ménager des institutions nationales souvent vénérables, mais ils partagent une même faiblesse : la supervision par comité manque d'autorité face à des acteurs financiers qui savent très bien jouer les pays les uns contre les autres et arbitrer la diversité des régulations. L'expérience montre que pour bien prévenir et le cas échéant gérer une crise impliquant une institution financière complexe, il faut qu'une autorité de contrôle dispose d'une vision complète et actualisée de ses risques, faute de quoi les contribuables des pays en cause auront à souffrir plus que nécessaire.
L'Europe bancaire a connu une intégration transfrontalière rapide au cours des dernières années : plus de la moitié des quinze plus grandes banques de l'UE (par la capitalisation mesurée fin juin) ont réalisé en 2007 la majorité de leurs revenus hors de leur marché domestique, soit un doublement en dix ans, et l'essentiel de cette expansion a eu lieu à l'intérieur de l'Europe. Avec la crise, leur probabilité de défaut a cessé d'être négligeable. Dans ce contexte, le besoin d'une autorité européenne de supervision bancaire devient criant. Sans cela, l'UE risque rien moins qu'un renversement de sa dynamique d'intégration financière, avec des conséquences désastreuses pour l'accès au capital des entreprises et des ménages européens.
La création d'une autorité commune est désormais dans l'intérêt même de pays qui s'y sont longtemps opposés. Pour le Royaume-Uni, elle garantirait la poursuite d'un processus d'intégration financière dont la place de Londres continuera d'être un grand bénéficiaire. Pour l'Allemagne, elle apporterait la perspective bienvenue de nouveaux entrants dans un système financier actuellement très fermé et de plus en plus dysfonctionnel. Pour la France et l'Italie, elle résoudrait les tensions entre l'utilisation passée de la supervision bancaire à des fins de politique industrielle nationale, et l'expansion internationale de plus en plus poussée de leurs grandes banques. Quant aux pays d'Europe centrale et orientale, ils auraient tout à perdre d'une remise en cause du processus d'intégration financière qui a permis de financer une bonne part de leur croissance. Il est urgent de donner une visibilité au marché sur cet enjeu et de passer du stade des débats théologiques à celui de l'étude de faisabilité, faute de quoi une refragmentation du secteur bancaire européen pourrait bien devenir rapidement un scénario de consensus.
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| Given the markets' urgent need for a sense of direction, the policy discussion on EU-level supervision has to move toward a feasibility study. Otherwise, a refragmentation of banking markets could soon become the consensus assumption. A number of choices can be made quickly.
To comply with the subsidiarity principle, an EU financial supervisor should have its scope limited to the large cross-border groups, at most a few dozen among the thousands of European banks, for which a common banking charter should be adopted. Given the centrality of London in Europe's finance, it should cover the entire EU rather than only the euro area; similarly, it should be separate from the European Central Bank, though in a close working relationship, to respect the latter's independence. It should meet high standards of accountability, especially to the European and national parliaments. Its organization should build on the experience of national supervisors, and allow sufficient proximity with supervised institutions. Its mission should be focused on prudential supervision and exclude most conduct-of-business regulation. Its funding should be sufficient and provide for the right incentives. Its location should be either in Frankfurt close to the ECB, in Brussels close to the European Parliament, or in London close to the wholesale market. London is the most likely end-game compromise.
The market needs to see European decisiveness, and supervision is the one area where progress is both indispensable and achievable. Meanwhile, individual bank rescues can and will continue to be handled in an ad hoc manner. Creating an EU supervisor is plainly no panacea. But it would go a long way toward relieving Europe of its worst current financial-policy nightmare: a dramatic cross-border banking failure which national authorities find themselves unable to handle in a consistent way. Implementation will not happen overnight, but the time for a decision of principle is now.
Mr. Véron is a research fellow at Bruegel and author of "Is Europe Ready for a Major Banking Crisis?" (Bruegel, 2007).
| | Certains choix essentiels peuvent être vite tranchés. Selon le principe de subsidiarité, une future autorité de supervision européenne devra avoir un mandat limité aux grands groupes financiers paneuropéens, au plus quelques dizaines parmi les milliers de banques en Europe, qui devront adopter un statut juridique harmonisé. Compte tenu de la position centrale du marché londonien, son champ géographique devra couvrir toute l'UE et pas seulement la zone euro ; elle devra être distincte de la BCE pour préserver l'indépendance de celle-ci, tout en établissant avec elle une étroite relation de travail. Elle devra rendre des comptes à la fois au Parlement européen et aux parlements nationaux. Son organisation devra s'appuyer sur les compétences des autorités nationales et permettre une nécessaire proximité avec les entités supervisées. Sa mission devra être limitée à la surveillance prudentielle. Son financement devra être suffisant et créer les bonnes incitations. Sa localisation devra être à Francfort près de la BCE, ou à Bruxelles près du Parlement européen, ou à Londres près du marché, cette dernière option étant sans doute le compromis le plus réaliste.
Le marché a besoin d'être convaincu de la capacité de l'UE à faire face au défi de la crise, et la supervision est l'aspect essentiel sur lequel des progrès sont à la fois possibles et indispensables. La création d'un superviseur bancaire européen ne sera certes pas une panacée, et sa mise en oeuvre prendra du temps ; mais c'est maintenant que les Européens doivent en prendre la décision de principe.
Economiste au sein du centre de réflexion européen Bruegel, associé de la société de conseil ECIF.
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