| Ce que Sarkozy propose, c'est la haine de l'autre
Le Front national a commencé à s'incruster dans le monde ouvrier en 1986, à une époque où les élites refusaient de s'intéresser aux problèmes posés par l'intégration des populations immigrées.
On a alors senti une anxiété qui venait du bas de la société, qui a permis au Front national d'exister jusqu'en 2007. Comme je l'ai souligné dans mon livre, Le Destin des immigrés (Seuil), en 1994, la carte du vote FN était statistiquement déterminée par la présence d'immigrés d'origine maghrébine, qui cristallisaient une anxiété spécifique en raison de problèmes anthropologiques réels, liés à des différences de système de moeurs ou de statut de la femme. Depuis, les tensions se sont apaisées. Tous les sondages d'opinion le montrent : les thématiques de l'immigration, de l'islam sont en chute libre et sont passées largement derrière les inquiétudes économiques.
La réalité de la France est qu'elle est en train de réussir son processus d'intégration. Les populations d'origine musulmane de France sont globalement les plus laïcisées et les plus intégrées d'Europe, grâce à un taux élevé de mariages mixtes. Pour moi, le signe de cet apaisement est précisément l'effondrement du Front national.
On estime généralement que c'est la politique conduite par Nicolas Sarkozy qui a fait perdre des voix au Front national...
Les sarkozystes pensent qu'ils ont récupéré l'électorat du Front national parce qu'ils ont mené cette politique de provocation, parce que Nicolas Sarkozy a mis le feu aux banlieues, et que les appels du pied au FN ont été payants. Mais c'est une erreur d'interprétation. La poussée à droite de 2007, à la suite des émeutes de banlieue de 2005, n'était pas une confrontation sur l'immigration, mais davantage un ressentiment anti-jeunes exprimé par une population qui vieillit. N'oublions pas que Sarkozy est l'élu des vieux.
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| | What Sarkozy offers is hate for the Other
The Front National began to make inroads amongst blue collar workers in 1986, at a time when elites refused to look at the problems caused by the integration of immigrants.
One could see feelings of anxiety coming from the bottom of society, which have made it possible for the Front National to exist until 2007. As I wrote in my 1994 book, the Destiny of Immigrants, the vote map of the FN was statistically driven by the presence of North African immigrants, which generated a very real but specific anthropologic anxiety linked to different social values or to the role of women. Tensions have come down today. All polls show it: Islam and immigration worries are dropping and have been overtaken by economic fears.
The reality is that France is succeeding in its integration process. Populations with Muslim origins in France are the most secular and most integrated in Europe, thanks to very high rates of mixed marriages. For me, the proof of that success is precisely the collapse of the FN.
It is usually said that it was Sarkozy's policies that caused the FN to lose votes...
The Sarkozysts think they picked up FN voters throught their policies of provocation, because Sarkozy has set fire to the suburbs, and that dog-whistles to the FN electorate worked. But it's a mistaken theory. The push to the right in 2007, after the suburban riots of 2005, was not about immigration but rather an anti-youth strain expressed by a population getting older. Let's not forget that Sarkozy was elected by old people.
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| Je pense de plus en plus que le sarkozysme est une pathologie sociale et relève d'une analyse durkheimienne - en termes d'anomie, de désintégration religieuse, de suicide - autant que d'une analyse marxiste - en termes de classes, avec des concepts de capital-socialisme ou d'émergence oligarchique.
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Si vous êtes au pouvoir et que vous n'arrivez à rien sur le plan économique, la recherche de boucs émissaires à tout prix devient comme une seconde nature. Comme un réflexe conditionné. Mais quand on est confronté à un pouvoir qui active les tensions entre les catégories de citoyens français, on est quand même forcé de penser à la recherche de boucs émissaires telle qu'elle a été pratiquée avant-guerre.
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L'habileté du sarkozysme est de fonctionner sur deux pôles : d'un côté la haine, le ressentiment ; de l'autre la mise en scène d'actes en faveur du culte musulman ou les nominations de Rachida Dati ou de Rama Yade au gouvernement. La réalité, c'est que dans tous les cas la thématique ethnique est utilisée pour faire oublier les thématiques de classe.
| | More and more, I think that sarkozysm is a social pathology and should be analysed through the lense of Durkheim - in terms of anomy, religious desintegration or suicide - or that of Marx - with concepts of corporate socialism or oligarchic emergence.
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If you're in power and are failing on the economic front, the quest at all cost for scapegoats becomes a second nature. A reflex. But when one sees a team in power which feeds tensions between various categories of citizens as today, one cannot help think about the scapegoating that took place in the 30s.
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The genius of sarkozysm is to play on two opposite poles: on one side, hate and fear, on the other, the play-acting of scenes putting Muslims in a favorable light, such as the nominations of Rachida Dati or Rama Yade in government. The reality is that in both cases ethnic themes are used to make people forget about class conflict.
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