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Voici ma relecture du texte français. J'ajoute ma version anglaise proposée l'autre jour, avec deux ou trois modifications pour tenir compte d'explications mieux fournies en français à certains endroits.

Au cours des années 1970, la revue The Economist proposa le terme de "Dutch Disease" pour décrire le malaise économique qui avait frappé les Pays-Bas suite à la mise en production du champ gazier géant de Groningue.  L'augmentation rapide des exportations de gaz avait conduit à une appréciation de la monnaie nationale, laquelle a déterminé une perte de compétitivité pour les autres industries exportatrices du pays. En même temps, le secteur gazier, si rentable, avait accaparé une grande part de l'investissement domestique. [Je propose d'ajouter:] La "Maladie néerlandaise" se définissait comme la sur-concentration de l'économie sur un seul secteur, au détriment des autres.

Aujourd'hui, sur le plan international, il est raisonnable d'identifier un phénomène similaire concernant le secteur financier, dont la très grande profitabilité ces dernières années a affaibli de manière symétrique les autres activités économiques. Ce secteur étant concentré autour des capitales financières que sont Londres et New York, nous proposons d'attribuer à ce phénomène le nom de l'"Anglo Disease." Si les Néerlandais ont au moins réussi à éviter la "malédiction de l'or noir" qui a frappé de nombreux pays exportateurs de pétrole, il apparaît par contre que l'Anglo Disease est porteuse de sa propre malédiction, dont les premier symptômes sont visibles aujourd'hui dans la crise financière en cours.

La croissance de la part des profits des entreprises financières dans le montant total des profits des entreprises (de moins de 20% dans les années 1970 à plus de 40% aujourd'hui aux Etats-Unis), démontre sans ambiguité la prédominance du secteur financier dans l'activité économique. Un autre indice est la capture par une infime minorité,  largement composée d'investisseurs financiers et de banquiers, d'une part croissante des revenus générés par l'économie. On peut également noter la concentration à Londres, et en particulier dans la City, de l'investissement étranger au Royaume-Uni.

Les financiers ont la capacité, par le moyen de la dette, de matérialiser dès aujourd'hui les flux de revenus futurs de n'mporte quelle activité économique, et ainsi de dégager des profits immédiats. Cette génération de profits instantanés n'existe dans aucun autre secteur d'activité, et attire talents, investissements et soutiens politiques. Par ailleurs, les prêteurs ayant permis aux financiers de réaliser ces profits, ont à coeur de s'assurer que les profits sous-jacents futurs qui justifient leur investissement se matérialisent effectivement. Ils imposent donc leur discipline et leurs conditions aux activités économiques concernées.

Ainsi le monde financier, exclusivement concentré sur les bénéfices et la "shareholder value", dicte sa volonté à toutes les autres activités; la loi de fer du retour sur investissement impose le déclin à un certain nombre d'activités non-financières qui peinent à atteindre l'objectif fixé. Considèrant la force de travail comme un coût qui réduit d'autant les profits, l'analyse financière préconise donc sa diminution, par le moyen de l'outsourcing et les délocalisations, ou par le déclin relatif, voire absolu, des salaires. De même, toute réglementation publique - les impôts et taxes entrent naturellement dans cette catégorie - est vue comme une entrave à la liberté de générer des profits, et fait donc l'objet d'un combat visant son élimination.

La stagnation des revenus déprimant la demande intérieure, la solution tout trouvée est d'encourager les ménages à s'endetter pour maintenir leur niveau de vie. Ceci renforce évidemment l'industrie qui fournit les prêts. La combinaison de politiques monétaires laxistes à l'Ouest et de politiques de change mercantilistes en Asie, a permis d'atteindre pendant un long moment l'illusion d'un idéal économique: pour tous, l'absence de l'inflation grâce à la pression sur les prix de la Chine; pour les possédants, une forte croissance de la valeur des actifs financiers et immobiliers; pour les entreprises, des bénéfices records, et de moins en moins imposés; et pour les gouvernements, des chiffres de croissance nationale flatteurs. Mais sous le rêve, la réalité: une bulle financière accompagnée de déséquilibres internationaux grandissants et d'une accélération de la concentration des patrimoines entre peu de mains. Cette réalité est restée longtemps masquée par l'apparence d'un grand dynamisme économique - ce qui a été utilisé à son tour pour légitimer ce modèle de capitalisme financier sans restreinte, orienter les politiques économiques en sa faveur, et assurer sa domination totale du discours économique ambiant.

Untranslated:

The model of financial capitalism is thus all-encompassing, not only grabbing an increasing share of the economic pie, but also dominating all politicial and economic discourse.

Ainsi, ce modèle du capitalisme financier tient tout en son étreinte, engouffrant une part croissante du gâteau économique, et s'assurant l'entière maîtrise du discours économique et politique.

Pourtant, le résultat est l'aggravation de l'inégalité accompagnée de la stagnation voire du déclin du niveau de vie réel d'une majorité de la population, qui dépense plus qu'lle ne gagne, et qui repousse le paiement de la note toujours plus loin dans le futur. Mais la facture est maintenant due. Les déséquilibres qui doivent se résorber ne le seront que si les revenus rattrapent les dépenses. Ceci peut s'effectuer de deux manières: soit une baisse de la consommation, soit une augmentation des salaires.

Pour le capitalisme financier, les salaires sont un coût et ne doivent donc pas augmenter. Si cette logique l'emporte - si l'Anglo Disease n'est pas soignée - la consommation s'effondrera et une récession sera non seulement inévitable mais sera particulièrement douloureuse. L'ensemble des paris financiers sur les bénéfices à venir apparaîtront soudain déraisonnables et se transformeront en pertes réelles, les revenus non existants ayant été dépensés à l'avance. C'est ce que l'on voit déjà dans la crise des subprime.

Si, au contraire, les politiques économiques privilégiaient les revenus du travail plutôt que les profits, les classes moyennes et modestes plutôt que les 0.1% les plus fortunés, l'investissement productif  (par exemple, à travers un plan visant à développer les économies d'énergie dans le bâtiment ou les énergies renouvelables à grande échelle) plutôt que l'accaparement de revenus futurs d'activités existantes, ou l'imposition des plus aisés aujourd'hui plutôt que celle de nos enfants demain, alors il deviendrait possible de limiter les dégâts du crash.

Tout comme la "Dutch Disease" fut créée par un nouveau secteur apportant des effets d'aubaine, l'Anglo Disease a été rendue possible par la coincidence de progrès technologique dans le traitement des flux financiers, du long marché haussier créé par la victoire, par le moyen des taux d'intérêts extrêmement élevés imposés par Paul Volcker, sur l'inflation des années 1970, et du renouveau idéologique de la droite avec Reagan et Thatcher. L'éloge de l'égoïsme au nom de la liberté, renforcé à point nommé par la chute du mur de Berlin qui a décrédibilisé l'autre extrême idéologique, a permis, sur une trentaine d'années, à une infime minorité de parasiter la prospérité des classes moyennes créée par les politiques keynésiennes à partir du New Deal. Mais ces classes moyennes sont maintenant exsangues, et il va falloir trouver une nouvelle voie pour assurer un réel progrès économique pour tous.

In the 1970s, The Economist coined the label "Dutch Disease" to describe the economic travails of the Netherlands as the country's export-oriented industrial sector struggled with increased exchange rates. These were caused by the rapid growth in gas exports following the discovery and development of the massive Groningen field. The extractive sector was so profitable that it captured a large share of new investment, and its export volume was large enough to alter the trade balance and boost the currency, further rendering other activities less attractive.

Today, a similar phenomenon, but on a larger scale, concerns the financial industry, the high profitability of which over a number of years has weakened other sectors of the economy. As this has developed around the money centers in New York and, in an even more concentrated way, London, I suggest calling this the "Anglo Disease."

Along the lines of the "oil curse" that has struck many oil exporting countries,  the Anglo Disease carries its own curse, of which the early symptoms can be observed in the current financial crisis.

The ascendancy of the financial world can readily be seen in the growth of the share of financial firms in total corporate profits (from below 20% in the 70s to above 40% today), in the capture by the richest few - most of them directly working in the financial industry, or benefitting from financial investments - of a large chunk of the net growth in total incomes, and by the concentration of foreign investment in the UK in mono-activity London.

Financiers, with their ability to monetize future revenue streams today, generate instant profits which they and, to a lesser extent, their clients and employers, can capture. That capacity to create apparent wealth out of thin air cannot be matched by any other sector in the economy. It is not surprising that it sucks in talent, resources and money. Meanwhile, the investors who have made those immediate profits possible still want to ensure that the future flows that underpin them do in fact materialise. To this end, they will impose their rules and discipline on the underlying economic activity.

Thus the financial world imposes its unrelenting focus on profits and shareholder value on all economic activities; the domination of "return on capital" criteria ensures that many activities outside finance are in decline, as they struggle to reach the required returns on potential investments. Financial analysis sees labour as a cost, reducing profits, and pushes for its reduction, either via outsourcing, offshorisation or wage stagnation. Similarly, government regulations are seen as restrictions on profit to be fought and eliminated, as also, naturally, are taxes.

But flat incomes debilitate domestic demand. Easy credit -  to the further benefit of the industry that provides the loans - has been the means to keep household spending on the increase. The combination of expansionist monetary policies in the West and mercantilist policies in China has offered rapid asset price increases at the same time as no inflation, thus generating massive (and increasingly less taxed) corporate profits. The reality, of course, was that of huge global imbalances and a massive bubble, but for a long time it looked like the holy grail of perfect growth. That illusion further appeared to validate the policies that underpinned the system.

The model of financial capitalism is thus all-encompassing, not only grabbing an increasing share of the economic pie, but also dominating all political and economic discourse.

The unfortunate result has been massive inequality, declining or stagnant living standards for the majority, who spend more than they earn, and, as a consequence, a colossal bill passed on to the future. Well, that bill is coming due. The imbalances will only be unwound if incomes match spending. There are two ways for this to happen: lower spending, or higher incomes.

In the financial capitalism model, incomes are a cost and should not increase. If that logic prevails - if our body politic is not cured of the Anglo Disease - spending will crash and a recession is not only inevitable but likely to be very painful. The financial bets on future profits will suddenly look highly unreasonable, and turn into losses, the as-yet-unrealised income having been spent in advance. This is already to be seen in the subprime sector.

If, on the contrary, policies cease their focus on profit support and instead seek to increase incomes for the poor and the middle classes, to invest in the real economy (for instance via plans to boost energy efficiency in the household sector, and renewable energies) rather than in monetising its existing activities, to tax today's wealthy rather than tomorrow's citizens, then there is a chance of limiting the crash.

Just as the Dutch Disease was caused by windfalls from a new sector, the Anglo Disease was made possible by the combination of technological progress in the financial world, the long bull market created by Volcker's successful fight against inflation and the successful promotion of the ideology of greed by the right (with the timely fall of the Berlin Wall providing an additional boost by discrediting the other extreme of the ideological spectrum). The great middle classes created by the Keynesian policies of the New Deal have now been exploited for the past 30 years, and they are depleted. The economy will need to find another, more real, way to grow and prosper.

by afew (afew(a in a circle)eurotrib_dot_com) on Sun Feb 17th, 2008 at 05:00:59 AM EST

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