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Jamais au long de sa carrière, la cofondatrice de l'association des femmes avocates d'Ukraine ne pensait être confrontée à « ça », « des viols de masse », « des viols de guerre » : « C'est plus que le viol, c'est la destruction par l'intime d'une nation sur des générations. »

Plus d'une dizaine de dossiers occupent ses journées, ses nuits aussi, « et ce n'est que le début » : Tanya* violée avec sa fille Iliana*, Ludmila* sous les yeux de son fils de 12 ans, Katia* des jours durant, « pour la punir d'enseigner la langue ukrainienne», Olena* extraite de Marioupol « l'appareil génital détruit »...

À l'exception d'un dossier qui met en cause un militaire seul - un officier -, tous documentent des viols en réunion, impliquant plusieurs soldats russes dans des régions occupées désormais libérées au nord de l'Ukraine, ou toujours sous occupation au sud et à l'est. Tous déploient une même mécanique.

« Ils violent en meute, longtemps, sans se cacher, en public, devant des témoins, les proches, les enfants, constate Larysa Denysenko. Ils sont souvent ivres, toujours armés, très cruels, sadiques. Des insultes reviennent, par exemple "pute de nazis", "salope nazie", "on va t'ouvrir le ventre, t'apprendre à ne plus mettre au monde de nazis". »

La semaine dernière, trois nouvelles victimes, des femmes encore, lui ont été envoyées, les premières à vouloir porter plainte, « mais la procédure les a effrayées » : « Je n'arrive plus à les joindre. » On lui a aussi transmis le cas d'un enfant violé. Larysa Denysenko a « craqué », refusé : « Ce qu'il a subi est d'une telle barbarie... Je ne me suis pas sentie capable de le porter. »

Des habitantes attendent une distribution d'aide alimentaire dans un village de la région de Kyiv ravagé par la guerre (Ukraine, mai 2022). © Photo Rachida El Azzouzi /Mediapart
Viols collectifs sur des femmes, des enfants, des hommes, en public ou sous le regard des familles, qui peuvent être suivis d'assassinat, de viols post-mortem, prostitution forcée... : l'Ukraine découvre avec horreur l'étendue des violences sexuelles commises par l'armée russe depuis l'invasion du pays le 24 février, en même temps que les massacres, les tortures, les disparitions forcées, les pillages, les destructions.

Mediapart a sillonné les régions de Kyiv et de Chernihiv au nord du pays, reprises par les forces ukrainiennes, à la rencontre des victimes de viols, cette arme à déflagrations multiples, devenue banale dans les conflits armés. Des rencontres majoritairement indirectes, tant le silence fait déjà son oeuvre, par le biais des proches, des témoins, des avocat·es, des psychologues, des médecins, des élu·es, des ONG en première ligne dans la révélation de ces crimes dont l'ampleur est difficile à évaluer.



It is rightly acknowledged that people of faith have no monopoly of virtue - Queen Elizabeth II
by eurogreen on Thu May 12th, 2022 at 07:18:30 PM EST
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